
Par Patrice D-P.
« Je lis que, je ne suis plus le même qu’avant tout le travail d’éveil qui a permis à « qui je suis réellement « de sortir des voiles de l’oubli et de s’exprimer.
Je veux bien. Je suis présent, le plus souvent que je vis de la succession d’instants qui se suivent. Je suis en effet plus calme, et la peur n’a plus d’effet sur moi. Je deviens plus patient et cesse de courir comme si ma vie en dépendait. Mais en me regardant bien, je ne vois pat une conscience totalement différente de qui j’étais lorsque je me suis éveillé.»

Cette lettre m’a été envoyée par un des belles consciences que j’accompagne sur leur chemin d’éveil.
«Tu me dis que tu n’es plus tout à fait celui que tu étais avant ce travail d’éveil.
Tu es davantage présent.
Tu as cessé de laisser la peur gouverner ta vie.
Tu es plus calme.
Tu deviens plus patient.
Tu cours moins après le temps, après demain, après ce qui devrait être.
Et pourtant, lorsque tu te regardes profondément, quelque chose t’interroge :
« Suis-je réellement devenu quelqu’un d’autre ? »
Ma réponse sera peut-être surprenante :
Heureusement que non.
Car l’éveil n’a jamais eu pour fonction de faire de toi quelqu’un d’autre.
Peut-être avons-nous parfois une représentation trop spectaculaire de l’éveil. Nous imaginons qu’un être éveillé devrait être radicalement différent de celui qu’il était auparavant. Qu’il devrait penser autrement, parler autrement, ne plus connaître certaines émotions, avoir toujours la réponse juste, vivre dans une sérénité permanente et peut-être même dégager quelque chose de suffisamment extraordinaire pour que chacun puisse constater : celui-là s’est éveillé.
Mais si l’éveil était précisément l’inverse ?
S’il ne s’agissait pas d’ajouter un nouvel être à celui que tu étais, mais d’enlever progressivement ce qui empêchait celui que tu es d’apparaître ?
Alors tu comprends ce qui se passe.
Tu n’es pas devenu un autre homme.
Tu es peut-être simplement devenu davantage toi.
Le calme que tu ressens n’est pas une nouvelle personnalité que tu aurais acquise. Il était peut-être là, derrière l’agitation.
Ta patience n’est pas arrivée de l’extérieur. Elle apparaît lorsque l’urgence intérieure se retire.
Ton absence de peur ne signifie pas nécessairement que la peur ne se présentera plus jamais. Elle signifie surtout qu’elle ne trouve plus en toi le même terrain pour prendre le pouvoir.
Et cette capacité à vivre davantage dans la succession des instants n’a pas créé une nouvelle conscience. Elle a dégagé l’espace dans lequel ta conscience peut enfin respirer.
Voilà pourquoi tu peux avoir cette étrange impression d’avoir profondément changé sans être devenu quelqu’un d’autre.
Et c’est très beau ainsi.
Car ce qui change avec l’éveil n’est pas nécessairement notre identité apparente.
Tu peux conserver ton caractère, ton humour, tes goûts, certaines impatiences, quelques vieux réflexes et même des contradictions. Tu continues d’habiter ton humanité. L’éveil ne transforme pas l’être humain en une créature spirituelle parfaite.
Il modifie quelque chose de beaucoup plus subtil :
notre rapport à ce que nous vivons.
Une pensée apparaît, mais tu n’es plus obligé de la suivre.
Une émotion surgit, mais tu peux la laisser te traverser.
Quelqu’un te contrarie, mais entre sa parole et ta réaction apparaît parfois un espace qui n’existait pas auparavant.
Un événement imprévu survient et, là où tu aurais autrefois résisté, pesté, anticipé mille catastrophes, quelque chose en toi murmure simplement :
D’accord. C’est ainsi maintenant.
C’est là que l’éveil devient visible.
Pas dans ce que tu prétends être.
Dans l’espace que tu es devenu capable de laisser entre toi et tes anciens automatismes.
Et peut-être faut-il aller encore plus loin.
Tu écris que le travail d’éveil a permis à « qui tu es réellement » de sortir des voiles de l’oubli et de s’exprimer.
Je crois que tout est là.
Celui qui sort des voiles n’est pas un inconnu.
C’est précisément pour cela que tu ne ressens peut-être pas cette rupture spectaculaire que tu attendais.
Il y a plutôt une reconnaissance.
Quelque chose comme :
« Ah… c’était donc cela. J’étais déjà là. »
L’éveil ne nous conduit pas vers une version supérieure de nous-mêmes.
Il nous ramène.
Il retire.
Il simplifie.
Il dépouille.
Jusqu’à ce que nous cessions peu à peu de confondre ce que nous avons appris à être avec ce que nous sommes.
Alors ne cherche pas trop celui que tu serais devenu.
Regarde plutôt ce qui n’a plus besoin d’être.
Celui qui avait peur de demain.
Celui qui courait.
Celui qui voulait tout contrôler.
Celui qui devait avoir raison.
Celui qui cherchait ailleurs ce qui était déjà là.
Ils ne disparaissent peut-être même pas complètement. Mais ils deviennent plus légers. Tu les vois apparaître. Tu leur souris parfois. Et tu n’es plus obligé de leur abandonner les commandes.
Voilà peut-être l’un des signes les plus simples de l’éveil :
tu restes toi-même, mais tu n’es plus prisonnier de toi-même.
Et plus les voiles tombent, moins tu deviens quelqu’un.
Tu es.
Simplement.
Présent.
Et finalement, après avoir longtemps cherché celui que nous devions devenir, nous découvrons avec un sourire que l’éveil nous attendait exactement là où nous étions.
Maintenant.
Avec tout mon amour,»
Patrice

Ainsi va-t-on vers les étoiles. 🌟

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