
Par Patrice D-P
La guerre ne commence peut-être pas avec le premier coup de feu.
Elle commence bien avant.
Elle commence lorsque l’autre cesse d’être un être humain pour devenir un ennemi. Lorsque nous ne voyons plus un visage, une histoire, une mère, un père, un enfant, mais un uniforme, un drapeau, une idéologie, un camp.
Et peut-être avons-nous alors, chacun à notre mesure, une responsabilité immense : ne pas laisser cette guerre-là entrer en nous.
La guerre en Ukraine meurtrit des corps, détruit des maisons, sépare des familles, endeuille des peuples. Elle génère aussi, bien au-delà des territoires où l’on combat, une onde de peur qui traverse les frontières.
Mais ce matin, je ne veux accuser personne.
Je ne veux pas opposer les bons aux méchants, les conscients aux inconscients, ceux qui auraient raison à ceux qui auraient tort.
Je veux essayer de regarder tout cela depuis la Présence.
Et depuis cet endroit, quelque chose change.
Derrière le soldat ukrainien, je vois un être humain.
Derrière le soldat russe, je vois un être humain.
Derrière celui qui tremble dans un abri, je vois un être humain.
Derrière celui qui attend le retour d’un fils, d’un père, d’une compagne ou d’un frère, je vois un être humain.
Et, aussi difficile que cela puisse paraître, derrière les dirigeants qui ordonnent, menacent, calculent ou décident, je veux encore chercher l’être humain.
Non pour absoudre.
Non pour nier la responsabilité de chacun.
Mais parce que si je retire son humanité à celui dont je condamne les actes, je commence intérieurement à reproduire le mécanisme même qui rend la guerre possible.
La Présence ne nous demande pas d’être aveugles.
Elle nous demande de voir davantage.
Voir la violence, mais aussi la peur qui l’alimente.
Voir l’agresseur sans oublier la conscience enfouie derrière le rôle.
Voir la victime sans la réduire éternellement à sa blessure.
Voir les peuples sans les confondre avec leurs gouvernements.
Voir les journalistes comme des femmes et des hommes eux-mêmes plongés dans cette immense agitation collective.
Voir ceux qui ont peur.
Ceux qui réclament davantage d’armes.
Ceux qui manifestent pour la paix.
Ceux qui se taisent.
Ceux qui ne savent plus quoi penser.
Tous.
Car derrière nos certitudes, quelque chose nous relie infiniment plus profondément que tout ce qui nous oppose.
Nous avons peur de perdre ceux que nous aimons.
Nous voulons protéger nos enfants.
Nous voulons vivre.
Nous voulons être reconnus, respectés, aimés.
Et, sous des couches parfois considérables de blessures, de conditionnements, de nationalismes, d’idéologies et de peurs, demeure cette même aspiration fondamentale : être en paix.
Alors que pouvons-nous faire, nous qui regardons cette guerre depuis nos maisons ?
Peut-être commencer par ne pas fabriquer une seconde guerre en nous.
Lorsque nous regardons les informations et sentons monter la peur, la colère ou la haine, revenons quelques instants au corps.
Respirons.
Sentons la vie qui est là.
Maintenant.
Et demandons-nous simplement :
Qu’est-ce que je suis en train d’ajouter au monde ?
De la peur ?
De la colère ?
Du jugement ?
Ou de la conscience ?
Car chaque fois que nous haïssons celui qui hait, la haine vient de gagner une conscience supplémentaire.
Chaque fois que nous souhaitons la destruction de celui qui détruit, quelque chose de la guerre vient de franchir une nouvelle frontière.
La nôtre.
Mais chaque fois qu’un être humain parvient à regarder la violence sans devenir intérieurement violent, quelque chose change.
Quelque chose d’infime peut-être.
Invisible.
Et pourtant immense.
Il ne s’agit pas de regarder un missile tomber en murmurant que tout est amour.
Ce serait nier la souffrance humaine.
Il s’agit de pouvoir dire avec force : cet acte est inacceptable, tout en refusant de condamner l’être tout entier qui l’a commis.
Voilà peut-être l’une des exigences les plus vertigineuses de l’Amour.
Aimer seulement ceux qui nous ressemblent est facile.
Reconnaître une parcelle de notre humanité dans celui que tout nous invite à détester est autrement difficile.
Et pourtant…
C’est précisément là que commence la paix.
Pas dans les traités.
Pas dans les discours.
Pas seulement autour des tables diplomatiques.
Dans la conscience humaine.
Alors, aujourd’hui, je veux envoyer la même lumière à tous.
À celui qui souffre sous les bombes.
À celui qui tient une arme et rêve secrètement de rentrer chez lui.
À celui qui pleure son enfant.
À celui qui soigne.
À celui qui fuit.
À celui qui informe.
À celui qui gouverne.
À celui qui menace même, parce qu’un être qui menace le monde porte peut-être en lui une séparation dont nous ignorons la profondeur.
À tous les peuples.
À toutes les consciences.
Sans drapeau.
Sans frontière.
Sans demander qui mérite davantage mon amour.
Je ne peux peut-être pas arrêter une guerre.
Mais je peux empêcher la guerre de devenir mon état intérieur.
Je peux rester vigilant sans devenir haineux.
Lucide sans devenir terrifié.
Informé sans devenir prisonnier.
Je peux choisir, ici et maintenant, de ne pas ajouter une seule parcelle de violence à la violence du monde.
Et si nous étions des milliers ?
Des millions ?
Non pas à penser tous la même chose.
Mais à demeurer profondément humains au milieu de nos désaccords.
À regarder l’autre et, derrière tout ce qui nous sépare, continuer à reconnaître cette évidence :
toi aussi, tu es de la Vie.
Alors peut-être comprendrions-nous que la paix n’est pas seulement ce qui adviendra un jour lorsque les armes se tairont.
La paix est ce que nous choisissons de ne pas laisser mourir en nous pendant que les armes parlent encore.
Et depuis cette paix intérieure, silencieuse, lucide, infiniment aimante, continuons à offrir au monde ce dont il manque peut-être le plus :
une conscience qui refuse de haïr.
Avec tout mon amour,
Patrice

Ainsi va-t-on vers les étoiles. 🌟

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