
Par Patrice D-P.
Courir…
Toujours courir.
Courir après le temps, après les obligations, après les projets, après cette réussite que je pensais indispensable à mon bonheur.
Remplir mes journées. Ne laisser aucun espace vide. Faire, construire, entreprendre, recommencer.
Et courir encore.
J’avais cette étrange impression que si je m’arrêtais, quelque chose allait m’échapper.
Alors je courais.
Les années passaient. Les saisons se succédaient. Les enfants grandissaient. Les visages changeaient. Et moi, j’étais toujours dans le mouvement.
Je vivais demain avant même d’avoir vécu aujourd’hui.
Et puis, un jour, sans prévenir, une pensée s’est imposée à moi.
Mais qu’ai-je fait de ma vie ?
J’ai regardé derrière moi.
Que de chemins parcourus ! Que d’énergie dépensée ! Que de combats menés, parfois pour des choses qui, aujourd’hui, me semblent si dérisoires !
Et cette impression douloureuse :
Je n’ai rien vu.
Je n’ai pas suffisamment regardé.
Je n’ai pas suffisamment aimé.
J’ai traversé ma propre existence comme un voyageur pressé qui ne regarde jamais le paysage.
Je suis passé à côté de ma vie.
Cette pensée m’a profondément bouleversé.
Et puis, le silence est venu.
Pas ce silence vide que je cherchais autrefois à remplir à tout prix.
Non.
Ce silence vivant, habité, dans lequel je peux enfin m’entendre.
J’ai commencé à regarder autrement cet homme qui avait tant couru.
J’ai revu ses colères, ses impatiences, ses erreurs, ses peurs. Ses blessures aussi. Celles qu’il avait reçues et celles qu’il avait parfois infligées.
J’ai revu cet homme persuadé qu’il fallait être fort, toujours plus fort, pour avancer dans la vie.
Et j’ai compris qu’il avait fait ce qu’il pouvait avec la conscience qui était la sienne.
Alors, doucement, j’ai entrepris ce long travail intérieur.
J’ai conscientisé.
J’ai accueilli ce qui remontait de mes profondeurs.
J’ai libéré des émotions anciennes, parfois enfouies depuis si longtemps que j’en avais oublié l’existence.
J’ai pardonné.
J’ai demandé pardon.
Et, surtout, j’ai appris à me pardonner.
Dans mon cheminement spirituel, j’ai également rencontré ce que je ressens comme les mémoires de mes vies passées. Des existences traversées dans l’ombre, dont certaines conséquences semblaient encore résonner en moi.
Je les ai regardées, accueillies, puis libérées, autant que je le pouvais.
Non pour effacer ce qui avait été, mais pour ne plus en être prisonnier.
Et un jour, quelque chose a changé.
J’ai compris que cette vie terrestre n’était peut-être pas celle que j’avais imaginée.
Je croyais être venu pour réussir, bâtir, posséder, accomplir.
Et si j’étais venu, avant tout, pour remettre de l’ordre en moi ?
Pour retrouver cette paix que je cherchais partout, sauf à l’intérieur ?
Pour apprendre à aimer sans attendre, sans posséder, sans juger ?
Et, en remettant de l’ordre en moi, contribuer, à mon humble mesure, à remettre un peu d’ordre dans l’humanité.
Car comment espérer davantage de paix dans le monde si je continue à nourrir mes propres guerres intérieures ?
Comment parler d’amour si je refuse encore d’aimer celui que j’ai été ?
Cette évidence m’a profondément ému.
Je n’avais pas perdu toutes ces années.
Je les avais traversées.
Et chacune, avec ses joies, ses erreurs, ses souffrances et ses rencontres, avait participé à mon cheminement.
Même cet homme qui courait sans cesse avait sa place.
Je l’ai regardé avec tendresse.
Je lui ai dit intérieurement :
« Tu peux t’arrêter maintenant.
Tu n’as plus rien à prouver.
Je sais combien tu as essayé de bien faire. Je sais combien tu t’es parfois trompé.
Mais je ne t’en veux plus.
Je te pardonne.
Et je t’aime. »
Alors, quelque chose s’est détendu en moi.
Comme si cet homme, que j’avais si longtemps bousculé, attendait simplement que je lui tende la main.
J’ai ressenti une émotion immense.
Et une joie douce, presque enfantine.
Celle de me retrouver enfin.
Aujourd’hui, je ne cherche plus à rattraper le temps.
Je ne veux plus courir après une vie idéale qui se trouverait quelque part devant moi.
Je veux simplement être là.
Présent.
Regarder un arbre, écouter un rire, accueillir un silence, aimer sans raison particulière.
Je veux vivre ce qui m’est offert, sans chercher immédiatement ce qui viendra ensuite.
Et lorsque je regarde derrière moi, je ne vois plus seulement cet homme pressé qui croyait manquer l’essentiel.
Je vois un être humain qui apprenait.
Qui tombait, se relevait, cherchait, se trompait et recommençait.
Un homme qui, sans le savoir, marchait déjà vers lui-même.
Alors, aujourd’hui, je peux regarder mon existence toute entière et lui murmurer :
« Je ne t’ai pas toujours comprise.
Je t’ai parfois combattue, parfois rejetée.
Mais je ne voudrais plus effacer une seule de tes pages.
Car elles m’ont toutes conduit jusqu’ici. »
Et je souris.
Parce que je viens de comprendre quelque chose d’essentiel.
Je ne suis pas passé à côté de ma vie, en réalité.
Je cheminais vers elle.
Avec tout mon amour,
Patrice
Sic itur ad astra. ❤️✨

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