
∞ Carl Jung
En ce moment précis de votre vie, dans cet espace qui donne l’impression que rien ne se passe, comme si vous aviez été laissé dans le couloir entre la personne que vous étiez et celle que vous êtes en train de devenir, il existe quelque chose, juste sous vos yeux, que vous ne pourrez probablement plus percevoir dans un an.
Carl Jung l’avait compris mieux que presque personne. Il savait que certaines vérités ne deviennent visibles que dans l’intervalle entre deux vies. Et qu’au moment où l’on s’installe dans la suivante, elles disparaissent si complètement que l’on finit par se demander si elles ont réellement existé.
Ce n’est pas une métaphore poétique. C’est un phénomène psychologique précis. Et il est peut-être en train de se produire en vous maintenant, que vous l’ayez remarqué ou non, que vous ayez les mots pour le décrire ou non.
Imaginez un bâtiment en rénovation.
Lorsque les murs sont terminés, peints et décorés, vous voyez simplement une pièce. Tout semble normal. Vous ne pensez jamais à ce qui se cache derrière les cloisons.
Mais lorsque le même bâtiment est ouvert, lorsque les murs tombent et que les échafaudages apparaissent, vous découvrez soudain toute la structure invisible : les poutres, les câbles, les conduites, tout ce qui soutient l’ensemble.
Pendant un court instant, les fondations profondes deviennent visibles.
Puis les nouveaux murs se referment.
Et tout disparaît à nouveau derrière une surface lisse.
Votre psyché fonctionne exactement de la même manière.
Et il est possible qu’en ce moment même, vous soyez au milieu de cette structure mise à nu.
Carl Jung a consacré une grande partie de sa vie à observer les êtres humains lorsqu’ils traversaient ces ouvertures : une séparation, un effondrement intérieur, une transition inattendue ou une dissolution silencieuse de ce qui semblait pourtant solide.
La plupart arrivaient convaincus que quelque chose n’allait pas.
Lui remarquait autre chose.
Il observait que ces personnes voyaient soudain des aspects d’elles-mêmes qui étaient restés invisibles pendant des années.
Elles percevaient leur vie avec une lucidité inhabituelle.
Une clarté que les personnes parfaitement installées dans leurs habitudes ne possédaient souvent pas.
Leur souffrance avait ouvert une fissure.
Et à travers cette fissure, elles apercevaient les mécanismes profonds de leur existence.
Aujourd’hui, nous allons explorer cette mécanique intérieure, comprendre pourquoi elle devient visible uniquement dans l’entre-deux, pourquoi elle disparaît dès que nous reconstruisons une nouvelle identité, et ce que Jung considérait comme essentiel de faire pendant que cette fenêtre demeure ouverte.
Car elle se refermera.
C’est peut-être la partie que l’on évoque le moins souvent.
Cette lucidité qui vous habite aujourd’hui — cette capacité parfois inconfortable à voir plus clairement que jamais — n’est pas permanente.
Et ce que vous choisissez de faire pendant qu’elle est encore accessible peut influencer profondément la forme du chapitre qui vient.
[…]
La fenêtre est ouverte aujourd’hui.
Elle ne l’était pas il y a un an.
Et, selon toute vraisemblance, elle ne le sera plus dans un an.
Ce que vous remarquez maintenant, ce que vous refusez d’ignorer, ce que vous choisissez alors que la vision est encore claire, deviendra la charpente invisible de tout ce qui suivra.
Carl Jung a passé sa vie à attirer l’attention sur cet instant précis.
Encore et encore, il répétait essentiellement la même chose :
L’espace où vous avez l’impression que rien ne se passe est souvent l’espace où la compréhension la plus importante de votre vie devient accessible.
Ne traversez pas ce passage en dormant.
Ne cherchez pas à le remplir trop vite.
Ne reconstruisez pas la même pièce à l’aveugle simplement parce que l’inconnu vous effraie.
Restez dans l’ouverture un peu plus longtemps qu’il n’est confortable de le faire.
Regardez.
Observez ce qui devient enfin visible.
Car cette vision n’apparaît que lorsque vous êtes entre deux phases de vie.
Puis elle disparaît.
Et ce que vous ferez de cette compréhension — que vous la laissiez s’évanouir avec la fermeture de la fenêtre ou que vous l’intégriez aux fondations de votre prochaine vie — constitue l’un des choix les plus silencieux et les plus déterminants de votre existence.
Le cadre est ouvert.
La lucidité est là.
Regardez pendant qu’il est encore temps.

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Merci pour cette publication qui porte un sujet des plus intéressants … Bien amicalement
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