
Par Patrice D-P.
Un jour, une personne que j’accompagnais m’a dit :
« J’arrête de travailler sur mon éveil. Ma relation à la spiritualité est devenue toxique. »
Cette phrase m’a interpellé.
Non parce qu’elle rejetait la spiritualité. Chacun est libre de son chemin, de ses pauses, de ses détours et même de ses renoncements.
Mais parce que ces mots révélaient peut-être autre chose.
Comment ce qui devrait nous libérer peut-il finir par nous enfermer ?
Peut-être lorsque nous transformons l’éveil en travail.
Lorsque nous voulons absolument progresser, vibrer plus haut, méditer davantage, guérir toutes nos blessures, nettoyer nos mémoires, comprendre nos karmas, maîtriser nos pensées, surveiller nos émotions et devenir, enfin, cette personne « éveillée » que nous imaginons devoir être.
Alors, insidieusement, le chemin spirituel devient une nouvelle course.
L’ego, que nous voulions dépasser, a simplement changé de vêtements.
Il ne nous dit plus :
« Tu dois réussir socialement. »
Il nous murmure :
« Tu dois réussir spirituellement. »
Et nous recommençons exactement la même histoire.
Nous nous comparons.
Nous nous jugeons.
Nous nous trouvons insuffisamment conscients, insuffisamment alignés, insuffisamment lumineux.
Nous culpabilisons d’être en colère.
Nous nous reprochons d’avoir peur.
Nous considérons nos moments de doute comme des régressions.
Et parfois, nous finissons même par vouloir devenir quelqu’un d’autre au nom de la spiritualité.
Alors oui, cette relation-là peut devenir toxique.
Mais ce n’est peut-être pas la spiritualité qu’il faut abandonner.
C’est le combat.
Car l’éveil n’est pas une médaille à décrocher.
Il n’existe aucun examen final devant un jury de maîtres spirituels qui décidera si nous avons suffisamment bien travaillé sur nous-mêmes.
L’éveil est peut-être beaucoup plus simple.
C’est voir.
Voir nos peurs sans nous condamner.
Voir nos mécanismes sans vouloir immédiatement les détruire.
Voir nos blessures sans faire d’elles des ennemies.
Voir l’ego lui-même avec suffisamment de conscience pour ne plus lui confier les clés de notre existence.
Et surtout revenir ici.
Maintenant.
À ce souffle.
À ce corps.
À cette vie qui est déjà là.
Peut-être qu’à un moment du chemin, il faut même avoir le courage de cesser de chercher l’éveil.
Non pour retourner dormir.
Mais parce que chercher sans cesse suppose qu’il existe quelque part, demain, une version meilleure de nous-mêmes qu’il faudrait atteindre.
Or la Présence ne nous demande pas de devenir quelqu’un d’autre.
Elle nous invite à rencontrer pleinement celui ou celle qui est là.
Maintenant.
Alors si la spiritualité devient lourde, oppressante, culpabilisante, peut-être est-il effectivement temps de poser le sac.
De cesser les efforts.
De sortir quelques instants du chemin que nous avions tracé.
De respirer.
De vivre.
D’aimer.
De rire aussi.
Et de découvrir, peut-être avec surprise, que ce que nous cherchions avec tant d’acharnement marchait silencieusement à nos côtés depuis le début.
On ne s’éveille pas en se faisant violence.
On s’éveille peut-être le jour où l’on cesse de vouloir devenir autre chose que ce que l’on est profondément.
Et parfois, abandonner la course spirituelle n’est pas abandonner l’éveil.
C’est enfin lui laisser la place.
Avec tout mon amour,
Patrice.
Sic itur ad astra. ✨

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