
VIVRE MAINTENANT : LA LEÇON SILENCIEUSE DU TEMPS

Il est curieux de constater que si l’on demandait à quelqu’un : « Vis-tu ta vie ? », la plupart répondraient :
« Je m’y prépare. Je me mets en place. Je serai prêt bientôt. »
Mais quand commence ce « bientôt » ?
La tragédie discrète de l’existence humaine réside ici : nous vivons comme si la vie devait commencer plus tard. Après les études. Après le mariage. Après l’achat d’une maison. Après avoir gagné suffisamment d’argent. Après la retraite.
Et lorsque le moment arrive enfin — celui où l’on pense pouvoir commencer à vivre — la vie est déjà passée.
C’est comme économiser toute son existence pour acheter un billet de concert… et découvrir, une fois le billet en main, que le concert est terminé.
LA VIE REMISE À DEMAIN
Nous passons nos vingt ans à préparer nos trente ans.
Nos trente ans à craindre nos quarante.
Nos années mûres à anticiper la vieillesse.
Et lorsque la vieillesse arrive, nous attendons encore quelque chose.
Le problème central n’est pas la souffrance.
Ce n’est même pas la mort.
C’est cette habitude profonde de considérer la vie comme un événement futur.
Nous vivons dans l’anticipation permanente — si complète que nous manquons la seule chose réelle : le moment présent.
LA VIEILLESSE : NON PAS UNE FIN, MAIS UN RÉVEIL
La vieillesse n’est pas tragique parce que la vie se termine.
Elle est un réveil parce que le futur se réduit.
Lorsque l’on réalise que le temps n’est pas infini, tous les « je le ferai plus tard » deviennent absurdes.
Et soudain, une question surgit — non plus en théorie, mais en pratique :
Suis-je en train de vivre… maintenant ?
Ce n’est pas le miroir qui choque.
Ni les rides.
Ni les douleurs.
C’est la prise de conscience que le temps est limité.
Et dans cette lucidité, la vie cesse d’être une abstraction. Elle devient réelle.
LE CORPS QUI RALENTIT : UNE INITIATION À LA PRÉSENCE
On croit que le pire est le ralentissement du corps.
Pourtant, c’est peut-être le plus grand enseignement.
Un jeune traverse une pièce sans sentir ses pas.
Il respire sans conscience.
Son corps est si efficace qu’il devient invisible.
Et que fait-il de ce corps invisible ?
Il s’en sert pour fuir le présent.
Mais lorsque les genoux craquent,
lorsque l’escalier exige attention,
lorsque le souffle se fait sentir,
le corps redevient visible.
Et avec cette visibilité vient la présence.
Chaque mouvement est ressenti.
Chaque respiration est consciente.
La lumière à travers la fenêtre cesse d’être un décor : elle devient une expérience.
Ce que les maîtres du zen cultivent pendant des décennies — la présence totale à l’instant — la vieillesse l’offre naturellement.
Le ralentissement force l’attention.
Et la véritable joie naît de cette attention.
LE FARDEAU D’ÊTRE « QUELQU’UN »
Pendant toute la vie adulte, on maintient une identité.
Un rôle.
Un titre.
Une réputation.
On entretient un personnage.
Et c’est épuisant.
Il faut protéger son image.
Être cohérent.
Réussir.
Ne pas trop changer.
Mais lorsque la carrière s’efface,
lorsque la réputation perd de son importance,
lorsque le monde cesse de regarder,
quelque chose d’extraordinaire devient possible :
On peut cesser de jouer.
Et l’on découvre que l’on est toujours là.
Sans masque.
Sans performance.
Sans effort pour maintenir une image.
L’ego n’était qu’un processus — une assiette que l’on faisait tourner sans cesse pour qu’elle ne tombe pas.
Quand on cesse de la faire tourner…
on ne disparaît pas.
On devient plus réel.
L’IMPERMANENCE : LA CONDITION DE LA BEAUTÉ
Si tout ce que vous aimez devenait permanent —
si votre corps ne vieillissait pas,
si vos proches vivaient éternellement,
si rien ne changeait —
serait-ce vraiment un paradis ?
Non.
Ce serait la fin du sens.
Une fleur éternelle ne toucherait plus personne.
Sa beauté vient précisément du fait qu’elle se fane.
Un moment est précieux parce qu’il passe.
La jeunesse est belle parce qu’elle est limitée.
Le temps a de la valeur parce qu’il n’est pas infini.
L’impermanence n’est pas l’ennemie.
Elle est la condition de la beauté.
Une danse est belle parce qu’elle s’achève.
La musique est belle parce que la note change.
La vie est belle parce qu’elle se transforme.
LE SENS N’EST PAS DANS L’EXTRAORDINAIRE
On cherche le sens dans les grandes réussites.
Dans la reconnaissance.
Dans l’événement marquant.
Mais ce que l’on chérit réellement, ce sont :
Une conversation autour d’un thé.
Une promenade ordinaire.
Un rayon de lumière à travers une fenêtre.
Le sens réside dans l’ordinaire.
Lorsque l’on est pleinement présent à laver la vaisselle,
à marcher,
à respirer,
l’ordinaire devient complet.
C’est ce que le zen appelle simplement :
« Quand vous lavez la vaisselle, lavez la vaisselle. »
Être là.
Rien de plus.
LA VIE N’EST PAS UN PROBLÈME À RÉSOUDRE
Nous vivons comme si nous devions réussir l’examen de l’existence.
Suis-je sur le bon chemin ?
Ai-je fait assez ?
Ma vie compte-t-elle ?
Mais si la vie n’était pas un problème…
mais un jeu ?
Dans la tradition indienne, on parle de Leela — le jeu divin.
L’univers ne cherche pas à atteindre un but.
Il explore.
Il joue.
Et vous n’êtes pas spectateur.
Vous êtes le jeu lui-même.
Lorsque cette compréhension s’ancre profondément, quelque chose se détend.
Il n’y a pas de bonne manière absolue de vivre.
Il n’y a que le jeu en train de se jouer.
L’ART DE RETIRER
La plupart passent leur vie à accumuler :
Biens.
Rancœurs.
Regrets.
Protections.
Mais avec l’âge, on comprend que l’armure n’a jamais empêché la fin.
Alors on simplifie.
On laisse partir ce qui alourdit.
On pardonne parce que garder une rancune brûle celui qui la porte.
On découvre qu’une pièce simple avec une fenêtre suffit.
Comme un sculpteur qui retire le marbre inutile pour révéler la forme,
la vie devient plus riche lorsqu’on enlève l’excès.
LE CONCERT EST EN TRAIN DE JOUER
Nous étions si occupés à acheter le billet que nous n’avons pas entendu la musique.
Mais la musique joue encore.
Même si elle touche à ses dernières mesures.
Le moment présent est toujours disponible.
Il ne demande ni permission ni préparation.
Il est simplement là.
CE QUI RESTE
La vieillesse, lorsqu’elle est comprise, n’est pas seulement une fin.
C’est :
La liberté de cesser de courir.
La clarté de ne plus performer.
La paix de se tenir exactement là où l’on est.
On peut abandonner l’idée qu’il faut devenir quelqu’un.
On est déjà quelqu’un.
On est vivant.
Et cela suffit.
La vie ne va nulle part.
Elle se déploie.
Elle apparaît.
Elle change.
Elle se termine.
Et tout cela — le déploiement, l’apparition, le changement, la fin —
c’est la vie.
Pas demain.
Pas plus tard.
Maintenant.

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