

Par Patrice D-P.
Nous vivons une époque où les occasions de prendre conscience de ce que nous sommes et de ce que nous faisons de notre humanité semblent se multiplier.
Tout nous invite à ouvrir les yeux, à élever notre conscience, à nous libérer de nos peurs, de nos conditionnements et de ces mécanismes qui, depuis si longtemps, entretiennent la division entre les êtres.
Nous parlons d’éveil, de paix, d’amour, de fraternité. Nous aspirons à une Terre nouvelle, à une humanité capable de vivre dans une conscience plus élevée, où le respect du vivant ne serait plus une belle intention, mais une réalité quotidienne.
Et pourtant…
Chaque jour, les mêmes violences se répètent. Les manipulations persistent, les gouvernances par la peur et la contrainte perdurent, les conflits se prolongent, les êtres humains continuent de s’entretuer.
Et nous regardons.
Nous nous indignons, parfois. Nous protestons, souvent. Puis nous reprenons le cours de nos vies, comme si tout cela faisait désormais partie de l’ordre naturel des choses.
Le plus troublant n’est peut-être pas que ces situations existent encore. C’est notre extraordinaire capacité à nous y habituer.
Nous finissons par tolérer l’intolérable.
Et pour justifier cette immobilité, les arguments ne manquent jamais. Il faut être réaliste, nous dit-on. Le monde a toujours fonctionné ainsi. On ne peut pas changer les hommes. Il faut du temps. Les choses sont compliquées.
Autant de raisons qui, mises bout à bout, finissent par donner au statu quo des allures de fatalité.
Mais depuis quand la répétition d’une injustice la rend-elle acceptable ? Depuis quand l’ancienneté d’une violence justifie-t-elle sa perpétuation ?
Nous espérons voir émerger une Terre de conscience supérieure, une humanité délivrée de ses vieux schémas de domination, de peur et de séparation.
Mais comment cette transformation pourrait-elle se réaliser si nous continuons, individuellement et collectivement, à nourrir ce que nous souhaitons voir disparaître ?
Car l’élévation de conscience n’est pas une promesse que le temps accomplira à notre place.
Elle commence dans notre manière de regarder l’autre, de réagir à ce qui nous dérange, de refuser la déshumanisation sans tomber nous-mêmes dans la haine ou le jugement.
Elle commence lorsque nous cessons de considérer la souffrance d’autrui comme une information parmi d’autres.
Lorsque nous comprenons que la paix ne peut naître de la peur, que l’amour ne peut s’imposer par la contrainte et qu’aucune conscience véritablement éveillée ne saurait se satisfaire de la domination d’un être sur un autre.
Et si nous avions oublié l’essentiel ?
Nous cherchons des solutions dans les changements de systèmes, de gouvernances, de structures et de rapports de force. Ces transformations peuvent être nécessaires, mais elles ne suffiront peut-être jamais si l’être humain continue de porter en lui les mêmes peurs, les mêmes désirs de domination et les mêmes sentiments de séparation.
Car il existe une autre voie, plus intérieure, plus silencieuse, mais profondément transformatrice.
La Présence. L’Amour. Le ressenti de l’Unité.
La Présence nous apprend à ne plus être les prisonniers de nos réactions. Elle nous offre cet espace de conscience dans lequel nous pouvons observer nos peurs sans leur abandonner la direction de notre vie.
L’Amour nous ouvre à l’autre. Non pas cet amour qui excuse tout, qui ferme les yeux sur la souffrance ou qui accepte l’inacceptable, mais cet Amour qui reconnaît en chaque être une dignité que rien ne devrait pouvoir lui retirer.
Et puis vient le ressenti de l’Unité.
Non plus seulement cette belle idée selon laquelle nous serions tous reliés, mais cette expérience intérieure, parfois bouleversante, où la séparation semble s’effacer.
L’autre cesse alors d’être un étranger, un adversaire ou une menace. Il devient un être dont la vie compte autant que la nôtre.
Et quelque chose change.
Comment pourrais-je souhaiter la paix tout en nourrissant la haine ? Comment pourrais-je aspirer à l’Unité tout en entretenant la séparation ? Comment pourrais-je appeler de mes vœux une Terre nouvelle sans commencer à transformer ma manière d’habiter celle-ci ?
Il ne s’agit pas de prétendre que l’Amour suffira, à lui seul, à faire cesser les guerres et les injustices. Il faudra aussi des actes, du courage, des décisions et des responsabilités assumées.
Mais la Présence et l’Amour peuvent transformer profondément la manière dont nous agissons.
Car l’Unité n’efface pas nos différences. Elle nous apprend à ne plus en faire des raisons de nous détruire.
Alors, oui, je m’interroge.
À ce rythme, faudra-t-il encore un siècle pour que nous commencions à incarner cette Terre nouvelle que nous appelons de nos vœux ?
Peut-être davantage. Peut-être beaucoup moins.
Nul ne peut le savoir.
Mais une chose me paraît essentielle : nous ne pouvons pas attendre de l’humanité qu’elle devienne consciente à notre place.
Nous sommes cette humanité.
Et la Terre nouvelle, si nous voulons lui donner naissance, ne surgira pas simplement parce que nous l’aurons espérée, annoncée ou imaginée dans une dimension supérieure.
Elle prendra forme à travers nos choix, nos actes, notre capacité à aimer sans exclure, à discerner sans condamner, à agir sans reproduire la violence que nous dénonçons.
Il ne s’agit pas de sauver le monde à nous seuls, ni de porter sur nos épaules toutes ses souffrances.
Il s’agit de ne plus apporter, même inconsciemment, notre contribution à ce qui le maintient dans la peur.
La conscience ne s’élève pas seulement dans nos méditations, nos prières ou nos aspirations spirituelles. Elle se révèle dans notre façon de vivre parmi les autres.
Et si nous commencions maintenant ?
Non pas demain, lorsque les circonstances seront favorables. Non pas lorsque les gouvernants auront changé ou lorsque les conflits auront cessé.
Maintenant.
Dans cet instant présent où chacun peut choisir de ne plus alimenter ce qu’il souhaite voir disparaître.
Car, finalement, la question n’est peut-être pas de savoir combien de temps il faudra à la Terre pour changer de dimension.
Mais combien de temps encore nous faudra-t-il pour accepter de changer notre manière de l’habiter ?
Avec tout mon amour,
Patrice.
Sic itur ad astra.
