
Par Patrice D-P.
Je suis là
Assis.
Silencieux.
Et pourtant…
tout vibre.
Je ne cherche rien.
Je n’attends rien.
Je respire.
Et quelque chose s’ouvre.
Depuis toujours, j’avais l’impression d’être séparé.
Moi ici.
Le monde là-bas.
Mon corps d’un côté.
Le reste de l’existence de l’autre.
Entre les êtres, des distances.
Entre les choses, du vide.
Entre moi et le monde, une frontière invisible.
Et puis, un jour…
la frontière disparaît.
Pas de bruit.
Pas de lumière particulière.
Rien que l’évidence.
Il n’y a jamais eu de séparation.
Je respire.
Et le monde respire avec moi.
L’air entre.
L’air sort.
Où commence le monde ?
Où est-ce que je finis ?
Je ne sais plus.
L’arbre devant moi.
Le chant d’un oiseau.
Le déplacement lent d’un nuage.
La lumière.
Mon cœur.
Tout est là.
Tout participe du même mouvement.
Je ne regarde plus la vie.
Je suis dedans.
Je suis elle.
Et pendant un instant, je comprends quelque chose que les mots ont toujours essayé de dire sans jamais y parvenir :
Je suis Un avec le Tout.
Et pourtant…
je suis toujours Patrice.
C’est là que se trouve le mystère.
Je ne disparais pas.
Je ne me perds pas.
Je ne deviens pas personne.
Je deviens simplement plus vaste.
Mon histoire est toujours là.
Mon corps.
Mes souvenirs.
Mes blessures.
Mes joies.
Mon prénom.
Tout ce que je croyais devoir dépasser pour atteindre l’unité…
fait partie de l’unité.
Alors je comprends.
Je suis une goutte.
Et je suis l’océan.
La goutte n’a pas besoin de cesser d’être une goutte pour appartenir à l’océan.
Elle en est déjà.
Depuis toujours.
Et peut-être que l’éveil n’est rien d’autre que cela :
se souvenir de ce que nous n’avons jamais cessé d’être.
Alors une joie monte.
Sans raison.
Une joie simple.
Presque enfantine.
Je sens l’amour.
Pas celui que je décide de donner.
Pas celui que j’espère recevoir.
Un amour qui était là avant moi.
Qui n’a besoin de personne pour exister.
Un amour qui relie.
Qui enveloppe.
Qui respire à travers toute chose.
Et je regarde les autres.
Je ne peux plus tout à fait les regarder comme avant.
Celui qui passe.
Celui qui souffre.
Celui qui m’aime.
Celui qui me blesse.
Celui que je comprends.
Celui que je ne comprends pas.
Tous sont là.
Tous sont des gouttes.
Tous appartiennent au même océan.
Alors quelque chose tombe.
La comparaison.
La rivalité.
Le besoin d’avoir raison.
La peur du regard de l’autre.
Même la distance entre « moi » et « l’autre » devient étrange.
Car derrière chaque visage…
il y a quelque chose que je reconnais.
Quelque chose qui ne m’est pas étranger.
Quelque chose qui est aussi en moi.
Et l’amour n’a plus besoin d’être appris.
Il devient naturel.
Comme respirer.
Je n’ai plus besoin de me demander comment aider.
Je n’ai plus besoin de chercher la bonne méthode.
Je peux simplement être là.
Présent.
Avec l’autre.
Avec la vie.
Avec moi-même.
Peut-être est-ce cela, finalement, être à sa place.
Ce n’est pas trouver un endroit où je serais enfin arrivé.
C’est découvrir que je n’ai jamais été séparé.
Je suis dans le monde.
Le monde est en moi.
La goutte est dans l’océan.
L’océan est dans la goutte.
Et dans ce silence…
je n’ai plus rien à chercher.
Je respire.
Et pour la première fois,
je sens que je suis chez moi.
Avec tout mon amour,
Patrice.

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