
Par Patrice D-P.
Le libre arbitre est souvent présenté comme notre capacité à choisir.
Choisir une direction plutôt qu’une autre. Dire oui ou non. Agir ou ne pas agir. Accepter, refuser, partir, rester, construire, abandonner.
Mais sommes-nous réellement libres chaque fois que nous faisons un choix ?
Car il existe une différence immense entre faire un choix et choisir librement.
Lorsque je décide depuis mes peurs, mes blessures, mes conditionnements, mes habitudes ou mon besoin de contrôler ce qui va arriver, j’exerce apparemment mon libre arbitre. Pourtant, celui qui choisit est encore largement prisonnier de ce qu’il porte.
Je crois décider librement alors que mon passé murmure à mon oreille.
Je crois choisir alors qu’une peur choisit peut-être à ma place.
Je crois exercer ma liberté alors que je ne fais parfois que reproduire un comportement appris depuis longtemps.
Le libre arbitre existe, mais la conscience depuis laquelle il s’exerce en change profondément la nature.
Hors la Présence.
Hors de la Présence, le choix est souvent une réaction.
Quelque chose survient et immédiatement le mental intervient. Il compare, calcule, anticipe, se souvient. Il cherche ce qui pourrait être gagné ou perdu. Il veut se protéger.
Et il n’y a rien à condamner là-dedans.
C’est simplement le fonctionnement humain lorsque nous sommes identifiés à nos pensées, à notre histoire et à nos peurs.
Mais pouvons-nous appeler totalement libre un choix dicté par la peur ?
Si je choisis uniquement pour éviter de souffrir, est-ce moi qui choisis, ou ma peur, de souffrir ?
Si je cherche à posséder davantage parce que j’ai peur de manquer, suis-je libre ou suis-je conduit par le manque ?
Si je refuse l’autre parce qu’il menace mes croyances, est-ce ma conscience qui parle ou mon besoin d’avoir raison ?
Alors apparaît une question essentielle :
Depuis quel espace intérieur suis-je en train de choisir ?
Choisir depuis la Présence
Depuis la Présence, quelque chose change.
Le libre arbitre ne disparaît pas. Au contraire, il commence peut-être à devenir véritablement libre.
Il existe soudain un espace entre ce qui arrive et notre réponse.
Dans cet espace, nous pouvons observer la peur sans devenir la peur. Entendre le mental sans nécessairement lui obéir. Ressentir une émotion sans lui remettre les clés de notre existence.
Nous pouvons simplement Être.
Et depuis cet Être silencieux, le choix devient différent.
Il ne s’agit plus seulement de demander :
« Qu’est-ce qui est le mieux pour moi ? »
Une autre question peut apparaître :
« Qu’est-ce qui, maintenant, sert le mieux la Vie ? »
Non pas dans le sacrifice de soi. Non pas dans l’effacement. Mais dans cette compréhension profonde que ce que je fais à l’autre, au vivant, à la Terre, je le fais aussi à cette totalité dont je suis une expression.
C’est ici que le libre arbitre rencontre l’amour inconditionnel.
L’amour inconditionnel ne retire aucune liberté
Aimer inconditionnellement ne signifie pas tout accepter.
Cela ne signifie pas se laisser maltraiter, renoncer à ses limites ou dire oui à tout.
On peut aimer et dire non.
On peut aimer et partir.
On peut aimer et poser une frontière extrêmement ferme.
On peut même aimer quelqu’un et reconnaître que son comportement ne peut plus avoir de place dans notre vie.
L’amour inconditionnel n’est pas la soumission.
Il est cet espace intérieur dans lequel nous cessons de transformer l’autre en ennemi simplement parce qu’il choisit autrement que nous.
Et cela devient particulièrement important lorsque nous quittons le libre arbitre individuel pour regarder celui de l’humanité.
Le libre arbitre de la globalité humaine
Existe-t-il un libre arbitre collectif ?
Oui, mais peut-être devons-nous être prudents avec ces mots.
L’humanité n’est pas un seul individu assis devant deux portes et décidant laquelle ouvrir.
Elle est constituée de milliards d’êtres humains exerçant simultanément leur liberté, avec des niveaux de conscience, des histoires, des peurs, des aspirations et des intérêts différents.
Le libre arbitre collectif naît de cette multitude.
Chaque pensée ne transforme évidemment pas à elle seule le destin du monde. Chaque choix individuel ne provoque pas immédiatement un changement planétaire.
Mais nos choix s’additionnent, se rencontrent, se renforcent et parfois se contredisent.
Nous créons des familles, des communautés, des entreprises, des institutions, des cultures, des sociétés et des civilisations.
Et progressivement, ce que nous choisissons individuellement devient ce que nous rendons possible collectivement.
Une humanité nourrissant massivement la peur construit des structures de peur.
Une humanité nourrissant la séparation produit davantage de séparation.
Une humanité convaincue que l’autre est un adversaire finit par bâtir un monde organisé autour de la méfiance.
Mais l’inverse est également possible.
Lorsque suffisamment d’êtres humains choisissent la coopération plutôt que l’affrontement, la compassion plutôt que l’indifférence, la conscience plutôt que la réaction, quelque chose se transforme dans le collectif.
Pas par magie.
Par incarnation.
Le monde commence dans l’individu
Nous attendons souvent que « l’humanité » change.
Mais où se trouve l’humanité ?
Elle est ici.
En toi.
En moi.
Dans celui que nous aimons et dans celui que nous ne comprenons pas.
Dans l’inconnu que nous croisons dans la rue.
Dans celui dont les opinions nous dérangent profondément.
Voilà peut-être l’un des paradoxes les plus magnifiques du libre arbitre : nous sommes totalement responsables de notre choix sans être seuls à créer le résultat.
Je ne peux pas choisir à la place de l’humanité.
Je ne peux pas imposer l’éveil à quelqu’un.
Je ne peux pas forcer l’autre à aimer.
Et heureusement.
Car imposer l’amour détruirait l’amour.
Imposer la conscience détruirait la liberté.
Je peux seulement choisir depuis l’espace le plus conscient qui m’est accessible maintenant.
Puis recommencer.
Encore.
Et encore.
Notre véritable pouvoir est là !
Nous cherchons parfois un grand geste capable de transformer le monde.
Mais la transformation collective commence peut-être beaucoup plus silencieusement.
Lorsque je refuse de transmettre une peur.
Lorsque je cesse d’alimenter une haine.
Lorsque je choisis d’écouter avant de juger.
Lorsque je reconnais l’humanité de celui qui pense autrement.
Lorsque je prends une décision depuis la Présence plutôt que depuis ma blessure.
Personne n’applaudit nécessairement.
Pourtant, quelque chose vient de changer.
Car une conscience humaine vient de choisir autrement.
Et cette conscience appartient au Tout.
Alors peut-être que le libre arbitre n’est pas seulement la liberté de faire ce que nous voulons.
Peut-être est-il cette possibilité extraordinaire offerte à chaque être humain, à chaque instant, de choisir depuis quel espace de lui-même il participera au monde.
Depuis la peur ou depuis l’amour.
Depuis la séparation ou depuis l’Unité.
Depuis la réaction ou depuis la Présence.
Et lorsque suffisamment d’êtres humains commencent à choisir consciemment, le libre arbitre individuel cesse d’être seulement une aventure personnelle.
Il devient mouvement collectif.
Il devient humanité en transformation.
Il devient cette multitude de chemins individuels qui, sans jamais perdre leur singularité, peuvent progressivement converger vers une même lumière.
Nous ne pouvons pas choisir pour l’humanité.
Mais chacun de nous peut choisir quelle humanité il nourrit aujourd’hui.
Et cela commence maintenant.
Dans cet instant.
Ici.
Avec tout mon amour,
Patrice


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